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LE QUOTIDIEN D'ERIC CHARLET

Mon quotidien de coureur à pied

L’esprit du trail, version 1987

Publié le 4 Mars 2016 par Eric Charlet in Vidéos

Le 9 octobre 1987, 40 cinglés s’élançaient à l’assaut du premier “Super-Marathon du Mont-Blanc”, 16 ans avant les grands débuts de l’officiel UTMB. Une aventure hors-normes immortalisée par un film collector. L’esprit du trail version 1987 alors, cela ressemblait à quoi ?

Ceux qui considèrent le Népalais Dawa Sherpa et l’Américaine Krissy Moehl,premiers vainqueurs de l’UTMB en 2003, comme des pionniers, vont peut-être changer d’avis après avoir visionné ce reportage qui vaut le détour autant pour ses images que pour sa musique. Les 170 km autour du Mont-Blanc en courant, d’autres les avaient avalés une quinzaine d’années plus tôt, et avec un sacré brio.

A vrai dire, après avoir visionné ce film, une conclusion s’impose : l’histoire ne fait que se répéter. Le format des « 100 miles » en montagne, que nombre de pratiquants croient récent, était en fait déjà très en vogue à la fin des années 1980. Entre le « Super-Marathon du Mont-Blanc » disputé pour la 1ère fois en 1987 (3 étapes) et le « Super-Marathon de l’Himalaya » organisé la même année (5 étapes), l’ultra-trail était déjà en voie de fascination des hommes.

Côté look et matériel obligatoire, en revanche, on était à des années-lumière des années 2010… « Pour avancer vite en montagne, il faut partir léger ! » Telle était la devise de ces heureux fêlés, tout juste accoutrés d’un short échancré et du même sweat blanc pour tous, estampillé « Duarig » et « Les meubles Descartes ». Comme quoi le sponsoring non plus n’est pas nouveau dans le trail !

Pas de bidon ni sac à dos, juste une paire de gants, un gros bonnet de laine voire une « ceinture banane » pour les plus prévoyants : tel était le régime minceur de ces forçats. Sans eau ni victuailles sur soi, la 1ère étape de 75 km se contentait de fournir de menus ravitaillements à même le sol. Franchir le col du Bonhomme enneigé à plus de 2 200 mètres d’altitude en short et en tee-shirt, acte banal pour l’époque, relèverait de l’inconscience de nos jours.

D’un autre côté, l’absence de téléphone, montre GPS-cardio, bâtons, couverture de survie, tenue complète de rechange, poche à eau et autres aliments diététiques pointus leur conférait un énorme avantage : quelques kilos de moins à trimbaler, c’est évidemment plus judicieux pour mieux s’élever. Ces « rustiques » du trail se moquaient éperdument des sirènes de la mode, pour mieux se fondre dans la grandeur des beautés montagneuses que l’homme ne domptera jamais.

Au passage d’un col, l’un de ces « doux-dingues » aura ces mots visionnaires :« C’est superbe, c’est la future plus belle course qu’il y aura. » Un autre rigole devant la caméra à l’issue de la seconde étape disputée entre Courmayeur et Champex : « Les ravitos sont bien espacés, si bien qu’on se prend des sacrés coups de barre ! » Est-ce cela, l’insouciance des défricheurs ?

Entre les prémices de la diététique sportive vantée par le chef cuisto en charge des menus du soir, la victoire finale du regretté Werner Schweizer – finisher des 8 premières éditions de l’UTMB avant d’être emporté par la maladie en 2011 – pour 11 minuscules secondes… Ces gars-là suscitent mon admiration. Il fallait être sévèrement burné pour s’élancer sur un tel périple en cette période de l’année.

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Manu 07/03/2016 17:57

Alors là je suis sur le cul !! Incroyables ces images !! Vraiment ces champions nous donnent la leçon...........